Les Vérités de Nicole Touati

Les “grammar nazis”

Ce terme est assez récent et désigne les personnes atteintes d’un syndrome compulsif et obsessionnel de pédanterie grammaticale. Ces personnes passent leur temps à corriger l’utilisation de la langue des autres et ne supportent pas ceux qui en font un mauvais usage.

Le phénomène en lui même existe depuis bien longtemps mais l’arrivée des réseaux sociaux l’a fait émerger de façon éclatante. Ah ces réseaux, où tout chacun peut avoir l’impression ou la sensation de pouvoir écrire comme si il était un prix nobel…

Qui d’entre vous n’a pas eu encore affaire à ce genre de sujets sur les réseaux? La moindre faute de frappe et les voici débarquer avec leur épée au poing: ils traquent en véritables harceleurs le “participe passé erroné” ou le “s” qui manque ou qui est de trop. Ce sont de vrais correcteurs obsessionnels qui sévissent sur internet!

Les “fauteurs” sont pris à partie de manière désagréable et agressive et de manière hautaine, s’il vous plait! Ce sont des “stalkers” ou des “trolls” mais attention, si vous les appelez ainsi ils deviendront fous de rage car si il y une autre chose qu’ils ne supportent pas non plus, ce sont bien “les anglicismes”.

Vous postez une nouvelle qui parle d’une tragédie avec des morts et des blessés, qu’à cela ne tienne, le grammar nazi ne verra que le petit accent qui manque sur le “e” car il est totalement concentré sur son obsession et indifférent à  ce qui se passe autour de lui.

Les donneurs de leçons les rejoignent de très près et sont aussi légion sur les réseaux et l’humiliation publique est devenue très fréquente; vous avez aussi ceux qui décident, avec un autoritarisme presque tyrannique, ce que vous pouvez publier ou pas comme si ils avaient été chargés, on ne sait par qui, de contrôler tous les contenus.

Parmi tout ce beau monde, il y a aussi un groupe assez particulier: ceux qui reprennent et corrigent les journalistes à la télé ou à la radio. Même si ces derniers ne peuvent les entendre, ils commenteront à haute voix toutes les erreurs qu’ils ont notées et même si cela soûle ceux qui sont présents, peu importe! Ces sujets souffrent du syndrome du Démon de Bescherelle et rentrent dans la même catégorie !

Le plus beau dans tout cela, c’est qu’ils sont convaincus d’être utiles à la société et que les autres devraient leur être reconnaissants!!!

Ces êtres, en réalité, ne sont que des  psychorigides; il est vrai que nous les percevons comme dénués de fantaisie, d’affectivité ou d’une saine impulsivité  mais, derrière ces aspects, se cachent les mécanismes de défense des personnalités obsessionnelles.

D’autres traits de leur caractère est le perfectionnisme – tout doit être étudié et planifié- l’ordre – tout doit être rangé et organisé-  le besoin de contrôle et de maitrîse et la rigueur morale mais le tout de façon exaspérée. Ils vivent complètement enfermés dans leur monde et sont assez isolés des autres. Les malheureux qui partagent leur vie sont plutôt à plaindre.

J’ai eu il y a quelques années un formateur qui travaillait dans ma société, je l’appellerais M.. Nous fournissions tout le matériel didactique à tous nos formateurs afin que les contenus de nos programmes de formations soient homogènes dans toutes les classes. Le matériel était assez conséquent et chaque module comprenait plusieurs dizaines voire plus d’une ou deux centaines de pages et était remis à chaque formateur afin qu’il en assimile le contenu.

Bien, M. se présentait toujours au secrétariat quelques jours après avoir reçu le matériel avec une liste d’erreurs de frappes, de ponctuation, d’orthographe et de grammaire. Même les espaces entre les mots, générés par la marge parfaite du programme informatique étaient signalés. Les textes originaux qui lui avaient été remis  étaient gribouillés de rouge, de vert, de violet, de bleu et d’orange car chaque genre de faute était signalé par une couleur différente. Notre pauvre secrétaire se voyait obligée de corriger tout le texte, selon les indications de M. qui prenait un malin plaisir à l’humilier, et de tout réimprimer.

Il alla même jusqu’à lui imposer de changer toutes les copies qui avaient été remises aux autres formateurs. Ce petit jeu a continué pour un certain temps sans que je n’en sois informée. Que voulez-vous, la pauvre secrétaire “prise en faute” et sévèrement sermonnée par M. n’osa pas m’avouer ce qui se passait.

Je ne l’appris que par hasard, en entendant d’autres formateurs en parler devant la machine à café; j’ai bien sûr convoqué M. et l’ai questionné sur le contenu du dernier module qui lui avait été remis une semaine auparavant et bien , vous n’y croirez peut-être pas , mais il n’en connaissait même pas le sujet ! Il s’est défendu en me disant qu’il avait été trop occupé à corriger toutes les fautes du texte qui était indécent selon ses dires.

La petite cerise sur le gâteau: M. a aussi “profité” de l’occasion pour me faire noter que lors d’une réunion de travail, j’avais commis une erreur très grave en m’exprimant car je n’avais pas utilisé le subjonctif qui aurait été nécessaire dans une de mes phrases!!!

Inutile de dire qu’il a été licencié pour harcèlement et mobbing du personnel ! Le pire est qu’il n’a pas réussi à en comprendre les causes.

Rassurez-vous, une étude récente a établi que les “grammar nazis” sont en fait des parfaits imbéciles, donc si vous les croisez, tenez en compte!

Wahuu… j’ai utilisé le terme “mobbing”! Il y en a quelques uns qui vont halluciner…

Nicole Touati

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