Les Vérités de Nicole Touati

Le paon, l’autruche et les poulets…

Manu, tu nous entends?

Hier nous avons eu droit à la lettre torchon de Macron qui ,je pense,  n’a surpris personne. Toujours pareil, toujours la même arrogance et en plus monotone et ridicule à en mourir!

J’ avais pensé écrire une traduction de son texte mais en fin de compte, je préfère publier la fable macronique d’Elodie Poux qui me semble une excellente réponse et qui l’a fait bien mieux de ce que je ne saurais faire:

“ Il y avait une fois en royaume de France

Évoluant aux côtés de ses contemporains

Un banquier jouvenceau oui mais plein d’élégance

Qui de son beau pays se rêvait souverain

Son air benjamin, informel, bien élevé

Plaisait aux citoyens, par la vieillesse lassée

Sa rhétorique désuète et puis tantôt farceuse

Ravissait fort les nobles, et flattait bien la gueuse

Et si jeune notre homme ne l’était qu’à moitié,

Il faut savoir qu’usée, certes, était sa moitié

Car se voulant moderne ne prenant point maîtresse

Il épousa la sienne malgré sa vieillesse

Mais même si la valeur n’attend point les années

Et bien que le jeune banquier ait la gouaille bien aisée

On ne s’improvise point chef d’un grand État

Et bientôt cet enfant, cet angelot remarqua

Que d’un noble ignorant c’est la robe qu’on salue

On n’ l’admira bientôt que d’un étron pas plus

Après l’avoir léché ils le lâchent puis le lynchent

Comme font les hommes souvent gâtés comme des enfants

Jupiter bientôt n’eût pas plus à leurs yeux

que l’aspect fatigué d’une simple corde à nœuds

Mais le jeune banquier, sûr de lui, plein de frime

Pour continuer de plaire à ses chers richissimes

Pressa la populace tant et tant comme citrons

Qu’elle en prit la couleur aussi celle des mignons

Le jeune freluquet tout à ses réjouissances

Ne remarquât même pas la moindre différence

Heureux dans son palais, il est loin du tracas

Sa mégère dépensant son or à tour de bras

Rien n’est pour elle trop beau : vaisselle, tissus, bibelots

Le peuple avait bien faim, elle leur tournait le dos

Ils s’offrirent mieux encore, les rois des animaux

Des daims, ils les appellent ho seigneur qu’ils sont beaux

Et pendant que le peuple assemblé dans les rues

vers son précieux palais plein de rage se rue

Notre jeune banquier à l’égo invincible

Qui de la bourse des pauvres s’était fait une cible

Refuse encore d’entendre le grondement sonore

Comme celui d’une rivière quand de son lit elle sort

Aucun barrage n’y fait si elle est bien dehors

Et les poussins alors se mettent à crier

Empêchant les puissants dans leur couche de ronfler

Mon roi faites les taire, par pitié muselez-les

Ils meurent de faim, ils crient, et nos nuits sont gâchées

Ho sir ! regardez les, leur piètre éducation

Ne leur sert même pas à crever sans un son

Mourrez chichement, dites et mettez la sourdine

Leur râle lorsqu’ils trépassent est une porte qui couine

Ils sont las, ils se tordent, comme ils sont ridicules

Ces illettrés ignobles dans la boue gesticulent

Mes amis n’ayez crainte leur répond le rusé

Ils leur arrivent parfois un peu fort d’aboyer

Mais ils sont mes moutons, mes agneaux mon troupeau

Ils finiront d’eux mêmes par rentrer bien au chaud

Mais voici maintenant qu’il retournent les carrosses

Et détruisent nos maisons, deviendraient-ils féroces ?

Alors le grand seigneur dans une allocution

Le dos droit bien tendu comme une institution

Les deux mains pleines de doigts bien à plat sur la table

Leur jeta quelques miettes avec un air aimable

Croyant en faisant taire leur petit estomac

Calmer aussi la rage dans leur cœur scélérat

Je ne vous ai pas compris, je ne vous écoutais point

Récita-t-il au peuple qui serrait les poings

A renard endormi rien ne tombe dans la gueule

Retournez au labeur je vous trouve bien veules

Ha vous aimez la rose ? Supportez en l’épine

Mais ne troublez donc point la quiétude citadine

Dans notre ordre social chacun reste à sa place

Vous voulez en changer ? Je vous ris à la face

Cassez, cassez, cassez et nous reconstruirons

Et je vous répondrais d’ la bouche de mes canons

Vous voulez un discours ? Je peux en écrire cent

Je peux même faire en sorte que vous m’aimiez quand j’ ments

Je vous endormirai à grand coup d’entourloupes

Car c’est toute une armée que je garde sous ma coupe

Vous vous fatiguerez et rentrerez aux champs

Bien avant que je tremble pauvres petites gens

Il est vrai que le paon peut oser faire l’autruche

Se pavaner gaîment tout en gâtant sa cruche

Mais si un jour lassée comme le peuple citron

Son armée de poulets abandonne le patron

Alors le jeune souverain saura, bien entendu,

qu’même sur un trône en or, on est bien qu’sur son cul

L’injustice est une graine que plantent les puissants

Et qui pousse sans peine dans les yeux d’ leurs enfants

Elle leur apprend la haine et à serrer les dents

Elle leur fournit le bois, le manche et même la lame

Elle fait durcir leurs muscles et dévore leurs âmes

S’ils perdent des batailles

Ils reviennent à la charge

On les traite en racaille

On s’étonne qu’ils enragent ?

Donnez leur le bâton

Ils relèvent le menton

Opposez leur des chars

Ils reviennent plus tard

Ils se tairont dix ans, vingt ans, trente ans, peut être

Mais toujours la révolte finit par renaître

Regardez en arrière dans notre propre histoire

Car c’est là que se cachent les leçons et l’espoir”

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Nicole Touati