Les Vérités de Nicole Touati

MBS, le nouveau visage de l’Arabie saoudite

 

Mohamed Ben Salmane, 32 ans prince héritier soudien, est malgré son jeune âge bien déterminé et conscient des problématiques de son pays.

Le pays est étouffé par des idées religieuses obscurantistes et une infinie de membres de la famille royale, on parle de plus de … trente mille membres. Il est aussi important de savoir qu’il y a des allégeances tribales et des alliances entre les nombreux clans de la famille royale.

C’est justement grâce à certains de ces membres extrèmement riches et puissants qu’ont été financiés les mouvements terroristes et qu’ a été exporté le wahabisme dans le monde entier, le tout sans doute avec l’accord tacite de la monarchie.

MBS sait très bien que le royaume ne peut plus tenir sur la manne pétrolière qui ne sera pas éternelle. Il a aussi très bien compris que la jeunesse saoudienne de moins de 30 ans, qui compose  65 % de la population saoudienne , 20 millions d’habitants plus 10 millions d’expatriés installés,  a envie de conduire une vie “normale “ sur le modèle occidental. D’ailleurs, tous ceux qui en ont les moyens se précipitent à l’étranger très fréquemment pour aller s’amuser et profiter de la liberté. Il considère qu’il faut contrebalancer les pouvoirs tribaux et les mentalités conservatrices pour éviter une révolte de la jeunesse.

Le contrôle et la veille des réseaux sociaux ont permis d’établir que les jeunes saoudiens étaient des jeunes comme les autres et qu’ils se moquaient totalement des idées moyennageuses du wahabisme.

Les “printemps arabes” ont démontré que même dans des pays arabes dirigés par une main de fer ou par un régime policier, aucun d’eux n’est à l’abri d’une révolution et cela MBS l’a bien enrégistré! Mais il y a un fait que l’on ne doit pas oublier, c’est le changement de politique du grand allié et soutien américain. Les temps d’Obama, toujours très “compréhensif” mais surtout complice sont finis et cette fois, il faudra faire avec un Donald Trump qui a bien annoncé la couleur! Le soutien américain est indispensabile pour se défendre de l’Iran, ennemi juré de Ryad.

Pour mener sa révolution, MBS a donc éliminé tous les poids lourds de la deuxième génération des Saoud et cherche le soutien de la troisième génération dont il comprend bien les besoins. Sa stratégie a été payante: tout d’abord, il devait nettoyer le pays de toutes les forces rivales et partisanes du vieux système et asseoir son pouvoir.

Sous pretexte d’une enquête sur la corruption, il va organiser une purge sans précédente: plus de quarante dignitaires saoudiens, princes, ex-ministres et hauts responsables du régime sont mis aux arrêts, parmi eux ,le puissant prince Al-Walid bin Talal, une des plus grosses fortunes de la planète. Le ministre de l’Economie et de la Planification, Adel al-Faqieh, le ministre de la Garde nationale Met’ib ben Abdallah et Abdallah Sultan, le commandant en chef de la marine saoudienne eux ont été démis immédaitement de leurs fonctions. Bref, la vieille garde du régime et les membres les plus puissants du royaume. Même le Haut comité des oulémas, un organe religieux influent, a affirmé que la lutte anti-corruption était « aussi importante que le combat contre le terrorisme ». Qui l’aurait dit, il y a quelques temps?

Il annonce qu’il souhaite et je cite: “ ramener son pays à une forme plus modérée de l’islam” et qu’il effectuera une répression féroce contre les extrémistes! Il fera une déclaration surprenante le 24 octobre 2017 au forum économique de Ryad: il promet une nouvelle Arabie modérée, ouverte et tolérante , en rupture avec l’image d’un pays retenu comme l’exportateur du wahhabismequi a nourri nombre de jihadistes à travers le monde. “Nous n’allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder des idées extrémistes et nous allons les détruire à présent!”

Pendant son voyage aux Etats Unis, il n’hésite pas, devant les journalistes du Washington Post à admettre  que le financement du terrorisme en question « provient en grande partie d’institutions privées basées dans le royaume et non du gouvernement » mais  reconnaît sa responsabilité dans la propagation du salafisme, qu’il soit ou non de combat, durant la seconde moitié du siècle dernier. Il ose même préciser que cela avait été fait à la demande des occidentaux et en plus particulier des américains car il s’agissait d’empêcher l’Union Soviétique de conquérir le monde musulman ou d’y acquérir de l’influence. Il ajoutera; « Il est temps, aujourd’hui, que les choses reviennent à la normale. »Fichtre, on peut dire qu’il ne mâche pas ses mots!

En quelques semaines à peine, la police religieuse du royaume est mise à l’écart et plus de mille imams et notables religieux extrémistes subissent des rafles impitoyables. Les Frères Musulmans et les “Sahwis” qui est un mouvement créé par un mélange de salafistes et de Frères Musulmans sont particulièrement visés. Trois importants prédicateurs radicaux Salman al-Awda, Awad al-Qarni et Ali al-Omari très et auparavant intouchables sont arrêtés.

Il prend d’abord la décision d’accorder la possibilité de conduire aux femmes, puis il organisé, contre l’avis des autorités les plus conservatrices, un concert de rock qui a rassemblé 8 000 personnes, seulement des hommes mais c’est déjà un début et une grande première.

Un autre signe important a été celui, en 2017, rendre possible aux femmes d’effectuer des démarches administratives sans la présence de son tuteur qui devait bien entendu être un homme, pour le moment il n’a pas encore décidé de supprimer totalement le tutorat mais cela viendra. Il est tout de même assez prudent car il sait qu’il ne peut ébranler toute la société saoudienne d’un seul coup.

Une autre grande nouvelle est celle de l’autorisation d’ouvrir des salles de cinéma dès 2018 cessant l’interdiction en vigueur depluis plus de trente cinq ans!!!

Afin d’attirer des investisseurs étrangers, le ministère de la culture a annoncé que les autorités délivreront des permis d’exploitation pour promouvoir des formes de divertissement, concerts, spectacles et cinémas, dans le royaume et cela malgré l’opposition des milieux ultraconservateurs.

Au mois de janvier, le Mufti d’Arabie saoudite avait explosé et s’était insurgé contre l’ ouverture de salles de cinéma, affirmant “ qu’elles seraient sources de dépravation car elles favorisent la mixité”. Mon instinct me dit que le grand Mufti a tout intêret à revoir ses positions extrémistes car il risque de ne pas faire long feu! Un accident est si vite arrivé… comme celui d’hélicoptère en novembre 2017 du  prince Mansour ben Moqren, fils de l’ancien directeur des renseignements saoudiens survenu près de la frontière yéménite qui avait été un temps nommé prince héritier. A bord, se trouvait aussi le gouverneur adjoint de la province d’Asir. L’hélicoptère s’était écrasé dans des conditions mystérieuses…

Il a bien sûr un grand nombre de contestataires qui critiquent la politique bien musclée de MBS , comme le boycott du Qatar, le désintéressement de la Palestine et certaines réformes comme la privatisation des entreprises mais MBS cherche à étouffer les contestations internes en prenant le contrôle sur les principaux leviers du pouvoir à partir de la défense jusqu’à l’économie.

Son premier soutien est celui bien entendu de son père, le roi Salmane, qui en 2015 avait enclenché  une guerre fratricide au profit de son fils. L’histoire des clans de la famille royale est assez compliquée, je me limiterai donc à en tracer quelques lignes.

Le roi Salman ben Salman bin Abdulaziz Al Saoud, père de MBS, est l’un des sept fils appartenant au surnommé « clan des sept » Chakik ou « frères germains ». Du même clan faisait partie  le roi Fahd décédé en 2005. Il accède au trône le 23 janvier 2015, à la fin de l’intermède royal constitué par le règne du roi Abdallah entre 2005 et 2015.

Ce soutien lui a permis de concentrer un nombre important de pouvoirs extrêmement variés, à la fois sécuritaires et économiques et de placer des « hommes fidèles » pour assurer toujours  sa position. Il est surnommé par ses ennmis, Mr Everything car il porte plusieurs casquettes avec des rôles très lointains les uns des autres. Quand son père monte sur le trône, il est nommé immédiatement ministre de la défense, surtout vis-à-vis de l’Iran chiite qui a débouté avec la guerre au Yemen ; il est aussi Président d’un Conseil des Affaires économiques et du Développement  tout en étant déjà chef du cabinet royal.

Le 29 avril 2015, par un décret royal, MBS est nommé vice Prince héritier, devenant  second en ligne dans la succession après la nomination simultanée du prince  Mohammed bin Nayef bin Abdulaziz Al Saoud, le fameux  Mister Security très courtisé par la CIA. Ce dernier est ministre de l’Intérieur et est le cousin germain de MBS.

Le 2 mai 2015, « MBS» devenait aussi Président d’un  nouveau « Conseil suprême » chargé de superviser les activités de la compagnie pétrolière publique Aramco SDABO.UL,  la première compagnie pétrolière mondiale. Ses réserves ammontent à près de  270 milliards de barils!

Politique étrangère:

Il organise une coalition antiterroriste avec quarante pays musulmans de majorité sunnite, en promettant une lutte implacable contre les groupes extrémistes jusqu’à leur « disparition de la terre ». L’Iran, la Syrie et l’Irak, n’en font pas partie.

Il crée une autre coalition avec Egypte, les Emirats Arabes Unis et Bahreïn  contre le Qatar qu’il accuse de soutenir les groupes terroristes. Le Qatar accueille divers groupes terroristes pour déstabiliser la région, comme la confrérie des Frères musulmans, Daech et Al-Qaeda. MBS ajoute aussi que Doha soutient aussi «les activités de groupes terroristes soutenus par l’Iran dans la province de Qatif , où se concentre la minorité chiite du royaume saoudien, ainsi qu’à Bahreïn, victime depuis plusieurs années par des désordres provoqués les chiites du pays.

Au sujet de la Palestine, MBS s’est aligné pleinement sur la position de Trump. En effet, le gendre de Trump, Jared Kushner et MBS se sont longuement rencontrés et se sont accordés sur un nouveau plan pour résoudre le conflit israélien-palestinien.

Le chef de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas qui était en visite à Paris, avait reçu un message urgent de la part MBS  ainsi que du prince héritier des Emirats arabes unis Mohamed bin Zayed qui auraient exigé qu’il interrompe son séjour à Paris et qu’il se rende immédiatement à Ryad.  Les deux princes lui ont “demandé” sans trop de manières,  de cesser de s’opposer aux dernières démarches diplomatiques américaines sur le conflit israélo-palestinien et également de renoncer à l’initiative diplomatique anti-américaine lancée avec la collaboration de la Jordanie et de la Turquie. Tout juste pour lui démontrer qu’il ne plaisante pas, MBS fait arrêter à Riyad Sabih al- Masri, un richissime  homme d’affaires jordano-palestinien.  Al-Masri est aussi  directeur de l’Arab Bank et de la « bourse palestinienne » à Sichem. Il est proche du roi de Jordanie ainsi que de Mahmoud Abbas. Le cousin, Naïm al-Masri est l’homme le plus riche de l’Autorité Palestinienne et le sujet le plus influent dans l’entourage de Mahmoud Abbas.

MBS s’est approché d’Israel afin de collaborer contre  l’ennemi commun, l’Iran. Les deux pays ont conclu presque en secret  une alliance très importante. Déjà dans le passé, grâce à des importateurs de pays tiers, l’Arabie saoudite achetait des systèmes de sécurité israéliens mais à présent, on parle presque ouvertement de l’achat de de systèmes de défense antichars et même des fameux dômes de fer pour se défendre des missiles envoyés depuis le Yemen par les Houthis qui sont soutenus et armés par Téhéran.

Suite à une fuite, on a appris il ya quelques mois que des responsables des services israéliens et soudiens se sont rencontrés aux Etats Unis afin de coordonner leurs actions.

En novembre, le chef de l’état major de Tsahal Gadi Eizencot déclarait ouvertement à un journal saoudien qu’Israël était prêt à échanger des informations sensibles avec les Etats arabes modérés regardant l’Iran et que durant l’Iran. Il avait également confié que durant une réunion des chefs d’Etat-major des armées américaine, israélienne et saoudienne à Washington, il avait été totalement d’accord sur la ligne de son homologue saoudien.

L’Arabie Saoudite envoie un message aux musulmans: “personne ne peut nier la Shoah !” La Ligue du monde Arabe, basée en Arabie saoudite, a écrit cette semaine que la Shoah avait été « l’une des pires atrocités humaines jamais survenues » et a condamné les initiatives visant à nier les crimes commis par les nazis.  Bon, il ne faut pas oublier que la Ligue du Monde Arabe est financée par l’Arabie saoudite et qu’elle a intêret à obéir aux ordres. Quant à leur sincérité, je n’y parierais même pas un cent mais politique oblige…

Après son voyage américain, MBS est reçu à Paris. Les rapports ne sont pas des meilleurs: d’abord, la France flirte avec le Qatar et cela ne plait pas à MBS, ensuite elle tient à maintenir l’accord nucléaire avec l’Iran pour les nombreux intêrets économiques alors que MBS veut l’abrogation de cet accord. Ben Salmane aurait lancé un avertissement à Macron avant de partir: si la position de la France ne change pas au sujet de l’Iran,  la France n’aurait pas sa part du gâteau dans le grand projet saoudien , Vision  2030!

Vison 2030 est un projet pharaonique! Ce plan est destiné à diversifier l’économie saoudienne pour ne plus dépendre de la vente du pétrole.  Il devrait, selon MBS transformer le pays en puissance d’échelon mondial dans le domaine des investissements. Dans le cadre de ce plan , Ryad prévoit de vendre en Bourse moins de 5% su géant pétrolier Saudi Aramco pour se doter d’un fonds souverain de 2000 milliards de dollars (1777 milliards d’euros). De quoi faire rêver de nombreuses entreprises…..

Ce qui est certain est que ce nouveau positionnement de Ryad peut changer beaucoup de choses dans le monde musulman. L’Arabie saoudite a toujours été le phare  du monde sunnite et ce revirement total peut amener à une transformation totale qui sera bien sûr progressive mais certaine.

Wait and see!

Nicole Touati

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