Les Vérités de Nicole Touati

L’Union Européenne danse avec les loups!

Vignette de Vitality Preditsky. SputnickNews

Il suffit d’être contre le président Poutine pour devenir une icône de l’Union Européenne , et peu importe que vous soyez une personne sérieuse, un voyou ou un voleur!

Après Barack Obama, Hillary Clinton et Emmanuel Macron, voici le nouveau héros qui aurait voulu se présenter aux présidentielles contre Poutine : Alexey Navalny, condamné avec son frère à tous les niveaux de justice pour vol, recyclage d’argent en 2014 à cinq de prison avec sursis. Son frère sera condamné à la même peine mais sans sursis.

Son CV a aussi une autre tache: en 2007, Alexey avait été expulsé du Parti Libéral Yabloco à cause de certaines de ses positions retenues xénophobes ce qui ne semble pourtant pas déranger nos chers “pacifistes “ européens.

La Commission électorale centrale russe a simplement exclu sa participation par un vote de 12 voix sur 12, tel est le nombre des membres, pour un simple motif: Navalny a été condamné pénalement, point.

Cette décision  ne devrait surprendre personne, on parle d’une candidature à la présidence d’une nation et bien non, l’U.E trouve quand même le moyen d’y mettre son grain de sel en déclarant sa désapprovation contre la sentence de la Commission et en cherchant de présenter Navalny comme le nouveau héros.

Navalny a, bien sûr,  présenté un recours contre la décision de la Commission à la Cour Suprême Russe mais cette dernière l’a repoussé. Il ne pourra donc pas se présenter et l’union européenne devra s’en faire une raison, bon gré mal gré! On peut se demander comment l’U.E peut se permettre de critiquer cette décision alors qu’elle avait appuyé l’application rétro-active du même principe juridique pour l’expulsion du Parlement de Silvio Berlusconi !

L’occident ne perd pas une occasion d’accuser la Russie de tous les maux de la terre: Donald Trump a gagné les élections aux Etats Unis? C’est grâce à l’ingérence de la Russie! Le boeing 777 reliant Kuala Lumpur à Pékin a disparu en plein vol le 8 mars 2014 avec 239 personnes à son bord? C’est Vladimir Poutine qui en est responsable car il aurait dû, sur ordre de Vladimir Poutine, atterrir en secret et être caché sur le cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan! Litvinenko, un ancien agent des services secrets russes, opposé à M. Poutine est assassiné? C’est Vladimir Poutine qui en a donné l’ordre! Le tout bien entendu sans aucune preuve à l’appui.  C’est en fait une stratégie choisie, élaborée par Barack Obama  et les planificateurs de l’Otan: l’Amérique d’alors a décidé et les  européens obéissent!

Ne serait-ce pas le rôle des russes de décider qui sera leur président? De toute manière et cela sera sans aucune surprise, de nouveau, Poutine qui jouit de 82% de popularité, cette dernière ayant atteint jusqu’à 89 % pendant la période d’intervention en Syrie. C’est le célèbre institut Levada Center, que même les américains considérent complètement indépendant, qui a publié ces données. Selon les analystes, c’est surtout la capacité du président de communiquer au peuple la nécessité de restaurer l’autorité de la Russie comme une grande puissance qui plait aux russes.

Les russes ne sont pas près non plus d’oublier le travail accompli par leur leader: à la fin des années 90, pendant la “saison de Boris Eltsin”, la Russie vivait dans un chaos indescrivible. Eltsin, complètement alcoolisé et manipulé par un clan familial sans scrupules, avait laissé la nation aux mains des oligarques et de la mafia russe.

La corruption régnait , l’alcoolisme de masse touchait près de 70% de la population, les immenses ressources énergétiques étaient dans les mains d’un cercle restreint d’oligarques soutenus par des banques d’affaires américaines et la mafia réglait ses comptes avec une liberté effroyable et inondait le territoire de drogue.

C’est l’héritage qu’a reçu Poutine à son arrivée au pouvoir et il a réussi pendant sa longue présence à arriver à des succès économiques qui ont amélioré la vie des russes. N’oublions pas que même le Fond Monétaire Internationale, l’OCSE et la Banque Mondiale ont reconnu ses mérites.

Il a réussi à reprendre la gestion des ressources énergétiques, à créer des investissements énormes dans les infrastructures, les grandes villes, les routes, les aéroports et les chemeins de fer. Il a amélioré les niveaux d’instruction et finalement un niveau moyen de la société russe est né.

Poussée par Barack Obama, l’U.E s’était particulièrement “distinguée” quand ses 28 pays membres avaient voté les sanctions contre la Russie le 31 juillet 2014 pour une durée d’un an, en réaction aux actions de la Russie en Ukraine et en les prolongeant jusqu’au 31 juillet 2017. Pensait-elle vraiment faire plier un homme comme Poutine?

En réalité, ces sanctions ont été un désastre soit du point de vue politique que de celui économique et si préjudice il y a eu, ce n’est guère pour la Russie mais surtout pour les européens. Quand on pense qu’en 2013, les exportations de produits européens vers la Russie avaient  atteint 120 milliards d’euros, selon les chiffres publiés par la Commission européenne. Moscou était alors le quatrième partenaire commercial de l’UE, on peut comprendre le désastre économique causé par ces sanctions.

C’est surtout dans le secteur des céréales que les sanctions européennes ont agi avec un effet de boomerang. En homme de fer, Poutine, a répondu aux sanctions en imposant à son tour un embargo sur les importations agricoles de l’Union Européenne ce qui a poussé au développement de l’agriculture russe et des productions animales. En fin de compte, à payer les pots cassés ont été les paysans européens et surtout français. Si nous prenons l’exemple du grain produit en Russie actuellement, sachez que sa qualité est meilleure et que la récolte atteint 108 millions de tonnes avec une capacité d’exportation de 40 tonnes; la Russie, en outre, a déjà ôté des marchés à la France surtout en Afrique du nord.

Il ne faut pas oublier que ce sont deux génies français, François Hollande et Laurent Fabius qui ont  été ceux qui avaient prôné avec véhémence pour les sanctions contre la Russie. Vous vous rappellerez sans doute, la misérable histoire des navires militaires déjà payés par la Russie à la France qui refusait de les livrer et qui ont fini par être bradés à l’Egypte.

Je n’entrerai même pas dans le sujet de la guerre en Syrie, je pense que tous les lecteurs se souviendront que  l’intervention de la Russie dans le conflit a réussi à renverser le cours des choses dans la région en moins de six mois grâce à ses frappes ouvrant la voie aux troupes gouvernementales syriennes. En cinq ans, la guerre a fait presque 250.000 morts et a poussé plus de 10 millions de personnes à quitter le pays, une guerre voulue par Obama. Ici aussi, la position de l’Europe a été scandaleuse. Elle a appuyé les islamistes et a regardé le pays brûler avec totale indifférence. Je crois qu’elle n’a aucun droit de faire la morale.

En mars 2017, Le professeur genevois Dusan Sidjanski , qui a été le professeur de José Manuel Barroso , bien avant que ce dernier ne devienne premier ministre du Portugal puis président de la Commission européenne , très préoccupé par la politique européenne écrivait au président de la Commission européenne Juncker pour le rappeller à sa mission ainsi que ses commissaires. “ L’Union européenne est en crise existentielle. Or, il revient à la Commission européenne de proposer une vision d’avenir, de mettre sur la table un projet concret à discuter, de manière à orienter le débat politique!”

Il l’accuse sans détours: “ Il fait régresser l’Union, qui glisse déjà vers le simple forum intergouvernemental. Et il fait régresser la démocratie, lui qui est issu des élections européennes.”

Il ajoute: “ Je dis que l’Union menacée a besoin d’un noyau politique capable de jouer un rôle de locomotive, entraînant les autres pays dans sa dynamique. Ce noyau est nécessaire pour surmonter les défis qu’affronte l’Europe, sur fond de montée du national-populisme. L’euro est en danger de mort. La politique migratoire n’est pas maîtrisée. Le terrorisme impose une coordination accrue des polices, du renseignement, de la justice, et la constitution d’une véritable Défense européenne – toujours promise, jamais réalisée.”

Au sujet du comportement européen envers Poutine, il déclare: “ En menaçant Moscou, nous avons renforcé Vladimir Poutine, qui en a profité pour se poser en défenseur de la patrie russe. L’Europe a eu tort de s’aligner sur les priorités stratégiques des Etats-Unis, qui font déployer des missiles et des radars dans les pays de l’Est. Quant aux sanctions économiques adoptées contre Moscou, elles ont été désastreuses, frappant les citoyens russes mais aussi les exportateurs portugais ou encore néerlandais. Ce n’est pas une manière de traiter avec une puissance nucléaire qui est à nos frontières et peut être aussi dangereuse que les Etats-Unis. Le pire, c’est qu’aujourd’hui Vladimir Poutine se tourne vers la Chine, développant un partenariat économique et militaire au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai.”

Comment est-il possible que l’Union Européenne et grande partie des dirigeants des états membres ne se rendent pas compte de l’utilité d’une alliance avec la Russie? Mystère!

Nicole Touati

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Les propos du Prof. Dusan Sidjanski – Source: La Tribune de Genève: 29/03/2017

 

 

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