Les Vérités de Nicole Touati

Infiltrations djihadistes libyennes en Tunisie

Le sulfureux homme d’affaires Chafik Jarraya a été arrêté le 23 mai en Tunisie dans le cadre d’une opération anti-corruption d’une ampleur inédite et sur la base d’une loi de 1978 sur l’état d’urgence , pour atteinte à la sécurité de l’état et avec de fortes suspicions de trafic d’armes.

Ancien associé d’Imed Trabelsi, le neveu de la femme de l’ex-président Ben Ali, cet homme se vantait même publiquement de corrompre des parlementaires, des juges et des journalistes. Pendant longtemps, il a été proche du parti Nidaa Tounes qui est dirigé par Hafedh Caid Essebsi mais il l’était aussi d’islamistes tunisiens et lybiens.

La présidence du gouvernement, la présidence de la République et le ministère de l’Intérieur travaillent en étroite concertation et dans la plus grande transparence sur ce dossier hypersensible.

Cela faisait plusieurs mois que l’homme était contrôlé et le voyage de Jarraya à Genève le 18 mai au cours duquel il a notamment rencontré le Libyen Abdelhakim Belhadj, ex-gouverneur militaire de Tripoli est à l’origine de l’accélération du calendrier.

L’ancien ministre tunisien de la Fonction publique, Abid Briki, au début du mois de mars,  avait déclaré avoir été mis au courant d’un virement de 12 millions de dollars effectué par la QIA (le fonds souverain du Qatar) au profit de Chafik Jarraya, très proche des qataris, qui a reconnu  avoir reçu cette somme sur le compte de l’une de ses sociétés, spécialisée dans la promotion immobilière.

Les enquêteurs du pôle judiciaire financier, qui ont entendu Briki dans le cadre d’une instruction préliminaire, chercheraient à savoir si ces montants auraient pu être utilisés à d’autres fins, moins avouables.

Une enquête a été ouverte aussi sur un proche de Jarraya, Hichem Bouajila , très influent dans le milieu du foot-business et des droits télé, éphémère patron de l’Espérance sportive de Zarzis. Bouajila est bien introduit auprès des Qataris. Il affiche volontiers sa proximité avec Nasser Al-Khelaïfi, président du Paris-Saint-Germain et de la chaîne Bein Sports et membre du conseil d’administration de la QIA.

Des sources précisent que les interpellations en rapport avec Chafik Jarraya ont été opérées suite à la découverte de documents secrets lors de la perquisition de son domicile et sur la base d’enregistrements sonores et de communications téléphoniques.

Onze personnes ont été interpellées dans la semaine qui a suivi. Toutes ces personnes sont aussi accusées de « financement de mouvements de protestation » dans diverses régions, y compris celle de Tataouine (sud), théâtre la semaine passée de heurts ayant entraîné le décès d’un jeune manifestant, écrasé par un véhicule de gendarmerie.

L’État a annoncé avoir saisi les biens et gelé les avoirs des huit des personnes qui ont été incarcérées pour des profits réalisés de manière illégale.

Un mandat de dépôt a été émis à l’encontre du directeur général de la sûreté touristique, Saber Laajili, également ex-directeur de l’unité de lutte contre le terrorisme à Gorjani, près de Tunis pour ses liens avec Jarraya . C’est un juge d’instruction militaire qui est chargé du dossier de Jarraya.

Selon Akher Khabar Online, les aveux de l’homme d’affaires Chafik Jarraya ont permis de mettre sous la lumière un puissant lien entre les deux hommes. En effet, Jarraya aurait recruté plusieurs éléments au sein de l’institution sécuritaire, dont Saber Laajili, qui avait été muté à la tête de la sûreté touristique après la découverte de ses liens suspects avec l’homme d’affaires.

Il semble que les deux hommes aient effectué plusieurs visites en Libye qui avaient pour but d’élaborer des rapports sécuritaires « manipulés et orientés », pour influencer la décision politique nationale au profit de parties libyennes en lien avec le terrorisme.

Jarraya se serait même déplacé à El Gorjani pour demander à Saber Laajili de modifier des procès verbaux de personnes suspectées de terrorisme, soulignant qu’il avait exercé des pressions sur des agents de l’unité antiterroriste, et qu’il y a des témoignages de sécuritaires prouvant ces propos.

Selon Webdo.tn , un haut responsable aurait affirmé que l’homme d’affaires est intervenu pour libérer des extrémistes arrêtés pour crimes alors que   Saber Laajili   était à la tête de l’unité antiterroriste.

L’identité des terroristes concernés n’a pas été dévoilée mais selon une investigation menée par l’AFP, il s’agirait entre autres de Walid Klib, Houcine Dhaouadi et Alaedine Fradj.

Les affaires:

Le 16 Juin 2013, le ministère de l’intérieur annonçait l’arrestation d’un libyen sans préciser son identité pour motifs sécuraires. L’homme est qualifié de dangereux, en contact avec des extrêmistes retranchés au mont Chaambi ainsi que d’autres groupes présents dans des pays voisins.

En mai 2015, le leader de Fajr Libya est lui aussi arrêté et accusé de terrorisme. Le 11 juin , la Cour d’appel de Tunis avait rejeté la demande de libération de Walid Klib et le lendemain, dix tunisiens du consulat de Tunisie à Tripoli étaient enlevés par des miliciens de Fajr Libya.

Whalid Klib sera remis en liberté et extradé en Libye pour leur libération.

En octobre 2015, le maire de Sabratha, autoproclamé de Sabratha, Housseyn Daoudi, est arrêté à l’aéroport de Tunis-Carthage pour «implication dans le terrorisme», mais il est libéré deux jours après par le juge d’instruction. Il faut dire aussi qu’ un groupe armé libyen avait pris en otage 300 Tunisiens et exigeait la libération du maire de Sabratha détenu en Tunisie.

Les prisonniers étaient des tunisiens qui travaillaient en Libye , notamment ceux empruntant la route Tripoli-Ben Guerdane, qui passe près de Sabratha et Le chantage a donc fonctionné.

A souligner que Daoudi est l’un des fondateurs de la brigade Jund Al Khilafah où s’est entraîné Seif Eddine Rezgui, l’auteur de l’opération terroriste de Sousse.

Nicole Touati

 

 

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