Les Vérités de Nicole Touati

Les règles d’immigration

1.  Il n’y aura pas de programmes en langues étrangères dans les écoles.

2. Toutes les annonces du gouvernement et les élections se dérouleront

dans la langue nationale.

3.  Toutes les questions administratives auront lieu dans notre langue.

4. Les étrangers ne seront pas un fardeau pour les contribuables. Pas de

sécurité sociale, pas d’indemnité de repas, pas de soins de santé ou tout

autre avantage public ne seront accordés. Tout abus provoquera la

déportation.

5. Les étrangers peuvent investir dans ce pays, mais le montant doit

s’élever au minimum à 40.000 fois la moyenne journalière de subsistance.

6. Si les étrangers achètent de l’immobilier les possibilités sont

limitées. Certains terrains, en particulier les biens immobiliers

disposant d’accès à l’eau courante, seront réservés pour les citoyens nés

ici.

6. Les étrangers ne peuvent pas protester chez nous. Aucune

manifestation, aucune utilisation d’un drapeau étranger, aucune

organisation politique. Aucune calomnie sur notre pays, le gouvernement

et sa politique. Toute violation conduira à la déportation.

7. Si quelqu’un pénètre dans ce pays illégalement, il sera traqué sans

merci. Arrêté, il sera détenu jusqu’à ce qu’il soit expulsé. Tous ses

biens seront saisis.

Sans pitié, inhumain, trop dur ?

Non, non, ce n’est pas le programme du FN ! Ces règles sont celles de l’immigration en Arabie saoudite !

Population : 29, 3 millions selon l’OCDE en 2015 ; 29,2 millions dont 9,4 millions d’étrangers selon le Recensement saoudien 2010 mais entretemps il y a eu les évènements de 2013.

Au premier trimestre 2013, il y avait de 7,5 à 8 millions de travailleurs étrangers selon des chiffres officiels et le nombre des clandestins étaient estimés à deux millions sur 29 millions d’habitants.

Une décision de limiter la proportion de travailleurs immigrés à 20 % de la population a commencé à être appliquée en 2013. Un tel pourcentage aurait ramené leur nombre à environ 4 millions.

Au début novembre 2013, en application de cette décision, une vague d’expulsions  d’immigrés clandestins touché 900 000 personnes depuis le début de l’année et l’on prévoyait un million d’autres expulsions immédiates.

Après avoir donné six mois aux 8 millions de travailleurs immigrés pour régulariser leur situation, le Royaume d’Arabie saoudite avait décidé d’expulser tous ceux qui n’avaient pas eu le temps de remplir les conditions administratives, soit 4 millions de personnes, principalement des noirs africains, des Indiens et des Yéménites.

En une semaine, plusieurs centaines de milliers de travailleurs immigrés avaient quitté le pays.

Des émeutes avaient éclaté dans la banlieue pauvre de Riyadh faisant au moins 2 morts et 68 blessés graves. La police avait arrêté 561 étrangers tandis que des saoudiens armés de battes de base-ball lynchaient des Éthiopiens. Des centaines de travailleurs immigrés préféraient se rendre à la police plutôt que de risquer d’être assassinés.

Outre une forte amende, les travailleurs en situation irrégulière encouraient 2 ans de prison.

Pour calmer la tension, le ministre du Travail avait annoncé que son administration accepterait les dossiers en retard, mais il était pratiquement impossible pour la plupart de ces migrants de réunir les pièces nécessaires.

L’économie saoudienne avait été complétement paralysée par cette expulsion massive cependant, le gouvernement estimait qu’à terme cette mesure aurait libéré des emplois pour les saoudiens.

Mais voyons un peu les conditions de vie des immigrés autorisés à travailler .

L’esclavage avait été officiellement aboli en Arabie Saoudite en 1962, mais en 2004, un rapport de 135 pages de l’Human Rigths Watch déclarait que la réalité n’était guère différente pour de nombreux travailleurs immigrés qui contribuaient au développement du royaume.

Dans le royaume wahhabite, toutes les discriminations légales sont au rendez-vous. S’y ajoutent des comportements individuels et collectifs qui aggravent cet état de fait. Par exemple, en Arabie, les non-musulmans n’ont pas le droit de célébrer leur culte et le prosélytisme est un délit sévèrement puni. Les femmes, quelle que soit leur nationalité, ont moins de droits que les hommes. Mais lorsqu’elles sont domestiques, il n’est plus question de droits, mais d’esclavage pur et simple.

Certes, les lois en vigueur, bien qu’offrant une protection très réduite, empêchent en théorie certains excès. En pratique, la police et la justice saoudienne ont plus souvent tendance à tenir la victime pour coupable que son bourreau, lorsque la première est un travailleur étranger et le second un Saoudien.

Le cas des employées de maison est exemplaire : peu importe les promesses faites lors du recrutement par une agence de main d’œuvre à Dacca, Manille, Calcutta ou Bombay. Une fois sur place, en Arabie, la domestique appartient littéralement à son employeur qui confisque son passeport.

Nombre d’employées de maison travaillent parfois plus de douze heures par jour, dorment à même le sol dans la cuisine ou la salle de bain, n’ont aucune intimité et n’ont pas le droit de sortir de la maison où leurs employeurs les tiennent recluse. Fréquemment, elles deviennent aussi une esclave sexuelle pour le maître de maison. Bien que selon la loi saoudienne, le viol d’une employée soit un crime, en pratique, la police saoudienne refuse la plupart du temps de prendre la plaintes des rares domestiques qui ont l’audace de se plaindre. Pis : les plaignantes se voient souvent emprisonner et inculper pour fornication. Et lorsque l’une d’entre elles est enceinte à la suite d’un viol, elle est de même arrêtée et punie par la justice saoudienne, sans que son employeur violeur soit poursuivi.

Lorsque les termes du contrat de travail initial ne sont pas respectés, la justice saoudienne n’a guère l’habitude de rétablir le travailleur immigré dans ses droits. Lorsqu’il n’est pas emprisonné pour « fuite », il est tout simplement expulsé. Le plus souvent, les deux, l’un après l’autre. Il existe pourtant un bureau des plaintes au ministère du Travail qui, de façon croissante, donne satisfaction aux plaignants contre leur employeur. Encore faut-il que les principaux intéressés soient informés de son existence, qu’ils franchissent l’obstacle de la langue, et qu’ils soient suffisamment courageux pour prendre le risque de mécontenter davantage encore un employeur susceptible de prendre des mesures de représailles contre eux. Les quelques cas réglés de façon satisfaisante ne parviennent pas, aux yeux de Human Rights Watch, à masquer l’effroyable situation que connaissent la majorité des autres.

D’une manière générale, les travailleurs étrangers ont tout intérêt à éviter le système judiciaire saoudien, qui fonctionne sur la base d’aveux, souvent extorqués sous la torture, dans une procédure secrète n’obéissant à aucune norme internationale. Dans la quasi-totalité des cas, les consulats ne sont même pas informés de la détention de leurs ressortissants, contrairement à la loi internationale.

Human Rights Watch s’est attardée longuement sur le cas des condamnés à mort. Les étrangers constituent une proportion importante des exécutions publiques auxquelles procède le royaume chaque année. C’est ainsi qu’en 2001 et 2002, les étrangers ont représenté un peu plus de 40 % des personnes décapitées. Le nombre de ceux qui, condamnés à mort, attendent leur exécution est inconnu.

Les témoignages recueillis par l’ONG auprès d’anciens prisonniers ayant côtoyé des condamnés ou auprès de leurs familles sont proprement terrifiants : dans la quai-totalité des cas, les suppliciés n’ont découvert ce qui les attendait qu’au moment d’être emmenés sur le lieu de leur exécution ; ils ignoraient que le procès était terminé et qu’ils avaient été condamnés ; lorsqu’ils avaient eu l’assistance d’un avocat, le problème de la langue les empêchait de comprendre la procédure et on leur extorquait des aveux soit par la torture (ou la menace de torture) soit par la promesse que cela allait accélérer la solution de leur cas ; enfin, ils n’ont bénéficié d’aucune assistance consulaire, les autorités de leur pays n’étant avertis de leur incarcération le plus souvent qu’après l’exécution. Dans plusieurs cas rapportés, il apparaît clairement que des détenus exécutés pour trafic de drogue n’ont été arrêtés que parce qu’ils avaient le malheur de voyager avec un groupe d’immigrants parmi lesquels se trouvait un trafiquant. Exécutés pour le crime d’un autre.

Au terme de ce sombre tableau, Human Rights Watch avait adressé un certain nombre de recommandations adressées au gouvernement saoudien, mais également au Conseil consultatif et aux agences des Nations unies et aux pays d’émigration. Ces derniers sont généralement très discrets dans la défense de leurs citoyens car ils dépendent souvent de l’aide financière saoudienne pour boucler leur budget et redoutent qu’une action spectaculaire de leur part n’aboutisse à fermer l’entrée du pays à leurs ressortissants au profit des États voisins.

Nicole Touati

Vignette de Peter Brookes per The Times

Lascia un commento

Il tuo indirizzo email non sarà pubblicato. I campi obbligatori sono contrassegnati *